Gérer les fourrages pour réduire le gaspillage en ferme

Lorsqu’on implante une prairie, une question revient souvent : vaut-il mieux semer une seule espèce ou opter pour un mélange fourrager? Si certains producteurs choisissent encore la monoculture, la majorité se tourne aujourd’hui vers des mélanges multi-espèces, et ce n’est pas un hasard. Un mélange bien formulé permet d’obtenir plus de résilience, plus de rendement et plus de valeur nutritive. Voici pourquoi.
Gérer les fourrages pour réduire le gaspillage en ferme
La production fourragère représente l’un des plus grands postes de dépense dans une ferme. Pourtant, entre la récolte, l’entreposage et la distribution, une partie importante du foin peut être perdue — parfois jusqu’à 20 à 40 % selon les pratiques. Heureusement, plusieurs actions simples permettent de limiter ces pertes et d’augmenter la valeur réelle du fourrage disponible. Voici comment optimiser la gestion de vos fourrages pour nourrir mieux, gaspiller moins, rentabiliser plus.
1. Récolter au bon stade → meilleure appétence, moins de refus
Un fourrage trop mûr est plus fibreux, moins digestible, moins appétent. Les animaux en délaissent une partie, ce qui augmente le gaspillage à l’auge.
Recommandations générales :
- Luzerne → récolter au stade bourgeonnement
- Dactyle, brome, fléole → au début de l’épiaison
- 1re coupe souvent la plus nutritive → à optimiser en priorité
Plus la plante vieillit, plus les refus augmentent. La qualité récoltée = la base du rendement réel.
2. Séchage et pressage : viser la bonne humidité
Un foin humide entraîne moisissures, pertes alimentaires et parfois risques de coliques ou Listeria chez les animaux.
Taux d’humidité idéal :
≤ 15 %
✔ Ventilation recommandée
✔ Pressage dense pour réduire l’oxydation
✔ Tournage mesuré pour éviter perte de feuilles (surtout pour la luzerne)
La luzerne perd jusqu’à 10 % de protéines si trop manipulée au champ.
3. Entreposage : la phase où l’on perd le plus
Même un excellent foin peut se dégrader sans protection adéquate.
Bonnes pratiques :
- Ranger les balles sur palettes ou sur gravier, jamais à même le sol
- Protéger avec toile, bâtiment ou abri ventilé
- Garder un espace entre les murs pour circulation d’air
- Placer les balles à l’abri de la pluie et du ruissellement
Une amélioration d’entreposage peut faire gagner l’équivalent de plusieurs tonnes/an.
4. Gestion à l’auge : réduire les refus et surdistributions
L’endroit où le gaspillage est le plus visible. La clé : donner ce qui sera vraiment consommé.
Conseils pratiques :
- Ajuster les quantités selon ingestion réelle
- Utiliser des râteliers ou mangeoires pour limiter le piétinement
- Distribuer plus souvent, mais en plus petites portions
- Offrir un fourrage plus fin et appétent en ration principale
- Garder l’aire d’alimentation sèche et propre
Les pertes sont 2 à 4 fois plus élevées quand le fourrage est au sol.
5. Valoriser les refus au lieu de les perdre
Si des refus persistent — plutôt que jeter — il est parfois possible de les réutiliser.
Options selon la qualité :
✔ litière pour animaux
✔ ration pour bovins moins exigeants
✔ compost ou amendement organique
Même une perte inévitable peut devenir utile.






